Quand on parle d’acoustique, on pense souvent aux décibels. Pourtant, le niveau sonore n’est qu’une partie du sujet. Il faut aussi regarder comment le bruit circule entre les espaces et comment il résonne dans une pièce.
Une pièce composée essentiellement de surfaces dures — sol, murs, vitrages, plafond — aura tendance à amplifier cette sensation de bruit. On peut alors agir sur l’aménagement : plafond acoustique, panneaux muraux, textiles, mobilier… La quantité de matériaux absorbants nécessaire dépend notamment de la taille de la pièce et de son usage. Une salle de réunion, un restaurant ou un bureau individuel n’ont pas les mêmes besoins.
L’enjeu n’est pas seulement de « faire moins de bruit »
Dans les bureaux, les sources de distraction sont nombreuses : conversations, appels téléphoniques, salles de réunion mal isolées, passages…
Mais ce n’est pas uniquement le volume sonore qui perturbe notre cerveau.
Une expérience publiée dans Indoor Air a comparé trois environnements acoustiques reproduisant différents types de bureaux. Fait intéressant : le niveau sonore était identique, 48 dB(A), dans les trois situations. Pourtant, les performances à certaines tâches de mémoire se dégradaient lorsque les conversations environnantes devenaient plus facilement compréhensibles.
Autrement dit, entendre parler n’est pas tout à fait la même chose qu’entendre ce qui se dit. Notre cerveau capte involontairement une partie des conversations compréhensibles qui nous entourent, même lorsque nous essayons de nous concentrer sur autre chose.
L’enjeu n’est donc pas seulement de « faire moins de bruit ». Il faut aussi réfléchir dès la conception à la proximité entre les différents usages : où place-t-on les espaces de concentration ? Les salles de réunion ? Les lieux d’échange ? Où peut-on téléphoner sans déranger les autres ?
Mais le silence absolu peut être contre productif.
C’est là que le sujet devient plus surprenant.
Dans un environnement extrêmement silencieux, le moindre bruit peut devenir beaucoup plus perceptible. Une conversation, une sonnerie ou un appel téléphonique ressort fortement et peut, à son tour, devenir une source de distraction.
C’est pourquoi certains bureaux utilisent paradoxalement des systèmes de masquage sonore (sound masking). De petits haut-parleurs diffusent volontairement un bruit de fond continu et très discret afin de rendre les conversations éloignées moins perceptibles.
Une étude publiée en 2024 dans Applied Acoustics a suivi ce type de dispositif pendant deux à trois mois dans deux entreprises. Le bruit de fond est passé d’environ 29 à 42 dB(A) dans l’une et de 32 à 43 dB(A) dans l’autre. Les chercheurs ont constaté que les salariés étaient moins distraits par les conversations environnantes. Certains indicateurs à court terme liés à la tension et au stress se sont également améliorés.
Cela peut sembler paradoxal : on ajoute volontairement du son pour être moins gêné par le bruit.
Et si la réponse était aussi dans l’organisation des espaces ?
Finalement, faut-il toujours chercher à corriger acoustiquement un espace… ou faut-il parfois commencer par se demander si son organisation est adaptée aux personnes qui y travaillent ?
Faire cohabiter dans un même grand espace des collaborateurs qui téléphonent, échangent, participent à des visioconférences ou ont besoin de plusieurs heures de concentration pose nécessairement la question de la compatibilité des usages.
La réponse peut alors passer par des environnements de travail plus variés : espaces collaboratifs pour échanger, petites salles pour téléphoner ou participer à une visioconférence, zones plus calmes pour se concentrer, espaces informels pour les échanges spontanés…
Le développement du travail hybride ajoute également une possibilité : ne pas nécessairement réaliser toutes les tâches dans le même environnement. Certaines activités gagnent à être réalisées ensemble ; d’autres nécessitent davantage de calme et de concentration et peuvent parfois être effectuées dans un autre espace, notamment en télétravail.
Il ne s’agit donc pas d’opposer open space, bureau individuel ou télétravail, mais de se poser une question beaucoup plus simple : quel environnement est le plus adapté à ce que l’on est en train de faire ?
Trouver le bon équilibre
En acoustique, plus de silence n’est pas forcément synonyme de plus de confort. Mais ajouter des solutions acoustiques à un espace mal organisé ne suffit pas non plus.
La priorité reste de limiter les nuisances : éviter que les conversations traversent les cloisons, réduire la résonance et protéger les activités qui nécessitent de la concentration. Mais il faut aussi penser l’organisation des espaces en fonction des usages et permettre, lorsque c’est possible, de changer d’environnement au cours de la journée.
C’est finalement toute la subtilité d’un projet d’aménagement : ne pas chercher uniquement à traiter le bruit, mais réfléchir aux conditions dans lesquelles nous travaillons le mieux.
Car nous réfléchissons beaucoup à ce que les occupants vont voir dans un lieu. Pourtant, leur bien-être dépend aussi de ce qu’ils vont y entendre, de ce qu’ils vont y faire et des personnes avec lesquelles ils vont le partager.
Sources
Hongisto V. et al. (2009) — Performance effects and subjective disturbance of speech in acoustically different office types – a laboratory experiment, Indoor Air.
Bergefurt L., Appel-Meulenbroek R., Arentze T. (2024) — Level-adaptive sound masking in the open-plan office: How does it influence noise distraction, coping, and mental health?, Applied Acoustics.
Lenne L., Chevret P., Marchand J. (2020) — Long-term effects of the use of a sound masking system in open-plan offices: A field study, Applied Acoustics.
L’approche Tiphaine Modin : concevoir des espaces qui font du bien
Chez Tiphaine Modin, l’architecture d’intérieur ne se limite pas à créer des espaces esthétiques.
Chaque projet est l’occasion de réfléchir à la manière dont un lieu peut améliorer concrètement notre quotidien et bien-être, en prenant en compte nos usages, nos sensations et certains besoins fondamentaux de notre organisme.
Lumière naturelle, acoustique, circulation, proportions, matières, couleurs, présence du végétal, espaces de concentration ou de récupération… autant de paramètres qui peuvent être pensés ensemble pour créer des lieux plus confortables, plus intuitifs et plus agréables à vivre.
C’est cette approche, inspirée notamment de la neuro-architecture, que j’intègre dans mes projets d’architecture intérieure, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.
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